Le conflit n'est pas l'ennemi
On nous a appris à fuir le conflit, à le contenir, parfois à le gagner. Rarement à l'écouter. Pourtant, dans une équipe comme dans une famille, le conflit n'est pas une anomalie : c'est un signal.
Quand deux personnes s'opposent, ce n'est presque jamais pour le plaisir de s'opposer. Derrière la tension, il y a deux besoins légitimes qui n'ont pas trouvé d'autre langage que l'affrontement. Le travail du médiateur ne consiste pas à départager, ni à apaiser pour apaiser. Il consiste à rendre de nouveau audible ce que chacun cherche à dire.
Là où l'on voit un affrontement, il y a souvent deux personnes qui n'ont pas encore réussi à se faire comprendre.
C'est pourquoi je me méfie des solutions trop rapides. Un accord arraché sous tension ne tient pas : il rouvre quelques semaines plus tard, parfois en pire. Ce qui tient, c'est l'accord que les parties ont construit elles-mêmes, parce qu'elles ont enfin entendu, derrière la position de l'autre, une intention qui leur était restée invisible.
Le médiateur n'apporte pas la paix. Il crée les conditions dans lesquelles elle redevient possible : un cadre sûr, une parole protégée, et la patience de laisser le dialogue reprendre son cours. Le reste appartient aux personnes.
— Le regard du médiateur